Trump renomme l'IA « Super Intelligence » : le mot change, pas les règles
Donald Trump a rebaptisé l'IA « Super Intelligence » et signé un accord avec six dirigeants de la tech. Dans les textes, la définition de l'IA et ses règles n'ont pas bougé.
Donald Trump a fait trois annonces sur l'intelligence artificielle en une semaine. Le 29 septembre, il a signé un décret présidentiel (executive order) qui oblige l'administration fédérale américaine à l'appeler « Super Intelligence », ou « SI ». Le même jour, six dirigeants de la tech ont signé avec lui un accord sur la sécurité de leurs modèles. Le 4 octobre, il a annoncé la création d'une « Super Intelligence Force » : quatre hauts responsables chargés de coordonner l'action fédérale.
J'ai lu le décret et l'accord. Le décret définit la « Super Intelligence » dans les termes mêmes de la loi sur l'IA ; dans l'accord, les signataires ne se fixent ni date ni sanction. Nulle part il n'est question de ralentir. Pour une entreprise française, rien ne change en droit, sauf un sigle à surveiller dans les offres des éditeurs de logiciels.
Dans le décret, la « Super Intelligence » reste l'IA de 2021
Ministères et agences fédéraux doivent désormais écrire « Super Intelligence » dans leurs courriers, leurs sites, leurs rapports et leurs communications, et ne plus « reconnaître » l'usage des termes « Artificial Intelligence » et « AI ».
L'administration Trump invoque les progrès des modèles. Sauf qu'à la section 3 du décret, la « Super Intelligence » désigne exactement ce que la loi fédérale appelle intelligence artificielle depuis 2021 : un système automatisé qui, pour des objectifs fixés par des humains, fait des prédictions, des recommandations ou prend des décisions. Vous y chercherez en vain une comparaison avec l'intelligence humaine.
Le mot avait pourtant un sens précis. Nick Bostrom, qui lui a consacré en 2014 son livre Superintelligence, le réserve à une intelligence qui dépasse de loin les performances intellectuelles des humains dans presque tous les domaines. Le conseiller scientifique de Donald Trump, Michael Kratsios, doit proposer d'ici soixante jours une définition propre, sous forme de texte de loi.
Un accord sans date ni sanction
L'accord tient sur une page. Donald Trump l'a publié sur Truth Social, le réseau social où il fait ses annonces. Les patrons de Google, de Meta, du géant des puces Nvidia et d'Anthropic, qui développe l'assistant Claude, l'ont signé, avec le président d'OpenAI, l'entreprise de ChatGPT, et Elon Musk.
Chaque entreprise s'y engage sur quatre niveaux de contrôle : des contrôles internes de ses modèles, notamment en cybersécurité et face aux risques biologiques ou chimiques ; une équipe interne qui vérifie que ces contrôles fonctionnent ; un auditeur extérieur indépendant ; un comité indépendant du conseil d'administration, qui reçoit les rapports et fait corriger les problèmes.
Aucune échéance, aucune sanction. Les signataires ne précisent pas non plus ce qu'est un contrôle « robuste », ni à quel rythme l'auditeur doit passer. « Avec le temps, il pourrait être judicieux d'inscrire ces étapes dans des lois ou des règlements », écrivent-ils dans le dernier paragraphe. Donald Trump juge pourtant l'accord « moralement contraignant » et dit constater chez les entreprises « une formidable autosurveillance ».
Aucune règle contraignante n'a changé. La « Super Intelligence » du décret désigne ce que la loi américaine appelle IA depuis 2021, et l'accord des six dirigeants ne prévoit ni sanction ni contrôle de l'État. Un outil vendu comme « SI » se juge comme avant, sur ce qu'il produit.
Quatre responsables et un rapport à rendre
Reste la « Super Intelligence Force ». Jay Clayton, chef du renseignement américain, la dirige avec trois adjoints : les patrons de l'autorité américaine de la concurrence et de l'agence qui gère les fonctionnaires fédéraux, et le responsable de la recherche au Pentagone.
Sa mission, selon le président : faire en sorte que l'Amérique « continue de mener le monde en Super Intelligence ». D'après des informations relayées par TechCrunch, un site américain d'actualité de la tech, l'équipe a cent vingt jours pour remettre un rapport sur les risques et les opportunités de la SI. Consigne : éviter la surréglementation.
La pause qui n'aura pas lieu
Le 22 septembre, à la tribune de l'ONU, Donald Trump a résumé l'enjeu : « Qui gagne la superintelligence gagne. »
Cette logique a un nom depuis 2014. Au chapitre 5 de Superintelligence, Nick Bostrom décrit l'« avantage stratégique décisif » : une avance technologique suffisante pour dominer le monde entier. Quand le premier arrivé peut tout emporter, celui qui ralentit seul laisse la place à l'autre : il suffit d'un tricheur pour relancer la course.
Le 23 septembre, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le patron d'Anthropic, Dario Amodei, réclamait des systèmes de vérification pour que chaque État contrôle les engagements des autres. Au nom des États-Unis, Michael Kratsios y a refusé toute pause : la rapidité des progrès n'est « pas une raison de mettre son développement en pause ». Six jours plus tard, Amodei signait l'accord. Aucun contrôle de l'État n'y figure.
Sam Altman, le patron d'OpenAI, est interrogé dans The AI Doc, le documentaire diffusé sur Netflix, sur le jour où la Chine disposerait d'une IA capable de s'améliorer seule. « La première étape serait d'en parler au gouvernement américain », répond-il, avant d'ajouter qu'il fait confiance à ce gouvernement pour ce scénario précis. Face à la Chine, le patron d'OpenAI s'en remet à l'État. Pour la sécurité, l'État s'en remet aux entreprises.
Pour une entreprise française, une affaire de vocabulaire
En droit, rien ne bouge. Le décret ne vise que l'administration fédérale américaine, et l'accord n'engage, moralement, que six entreprises. En Europe, le règlement sur l'IA, l'AI Act, définit toujours un « système d'IA » comme un système automatisé qui produit, à partir de ce qu'il reçoit, « des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions ». Là non plus, aucune comparaison avec l'humain.
Vous risquez en revanche de croiser le sigle dans la plaquette commerciale d'un éditeur de logiciel. Le jour où l'un d'eux vous proposera de la « SI », demandez-lui ce que produit son outil, et qui vérifie le résultat avant qu'il parte chez votre client. Un logiciel rebaptisé « SI » fait exactement ce qu'il faisait quand il s'appelait « IA ».
Sources : décret 14434 « Inaugurating the Era of Super Intelligence », Maison-Blanche, 29 septembre 2026 ; définition légale de l'IA, 15 U.S.C. § 9401(3) ; discours de Donald Trump à l'ONU, résumé officiel, 22 septembre 2026 ; texte de l'accord reproduit par Forbes et The Register ; Super Intelligence Force : CBS News, NBC News, TechCrunch ; séance du Conseil de sécurité de l'ONU, 23 septembre 2026 ; transcription de The AI Doc ; AI Act, article 3, Commission européenne ; Nick Bostrom, Superintelligence* (2014), chapitre 5.
Publicité — lien affilié. En tant que Partenaire Amazon, je perçois une commission sur les achats remplissant les conditions requises, sans surcoût pour vous. Le livre cité : Superintelligence, de Nick Bostrom (Dunod, format poche).
Questions fréquentes
Que change le décret de Donald Trump sur la « Super Intelligence » ?
Les ministères et agences fédéraux américains doivent écrire « Super Intelligence », ou « SI », à la place d'« intelligence artificielle » dans leurs documents et communications. La définition ne change pas : c'est celle que la loi fédérale donne de l'IA depuis 2021.
Que contient l'accord signé à la Maison-Blanche le 29 septembre ?
Une page signée par les dirigeants de six entreprises, dont Google et OpenAI : quatre niveaux de contrôle, de l'équipe interne au comité du conseil d'administration, sans échéance ni sanction. Donald Trump le juge « moralement contraignant ».
Une pause dans le développement de l'IA est-elle encore possible ?
Pas du côté de Washington. À l'ONU, le 23 septembre, le représentant des États-Unis a jugé que la rapidité des progrès n'était pas une raison de faire une pause. La veille, Donald Trump avait résumé l'enjeu : « qui gagne la superintelligence gagne ».
Qu'est-ce que cela change pour une entreprise française ?
Rien en droit : le décret ne vise que l'administration américaine, et l'accord n'engage, moralement, que ses signataires. Si un éditeur de logiciel vous vend de la « SI », demandez-lui ce que produit son outil et qui vérifie le résultat avant qu'il parte chez votre client.