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Embauches en CDI des jeunes : −28 % dans les métiers exposés à l'IA

La Banque de France a suivi les embauches depuis fin 2022. Dans les métiers les plus exposés à l'IA, les CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 %.

En mars 2026, dans les métiers les plus exposés à l'IA générative, les entreprises françaises signaient environ 28 % de CDI en moins avec des 21-29 ans qu'en novembre 2022, le mois où ChatGPT a été ouvert au public. Dans les métiers les moins exposés, la baisse est de 8 %. La Banque de France a publié ces chiffres le 8 octobre, dans le billet n° 463 de son blog économique, le Bloc-notes Éco.

En septembre, je vous ai présenté l'enquête de la Banque de France auprès de 7 000 entreprises. Sur l'emploi, j'en concluais que le vrai déplacement n'avait pas encore eu lieu : en solde net, 2 % seulement des utilisatrices d'IA générative lui attribuaient une baisse de leurs effectifs. Je corrige cette lecture. Le déplacement a commencé. Il passe par les embauches de jeunes, et c'est pour cela qu'il ne se voyait pas dans les effectifs.

Ce que la Banque de France a mesuré

Cinq économistes, dont deux de la Banque de France, ont suivi les embauches et fins de CDI du secteur privé de janvier 2019 à mars 2026, à partir de la déclaration sociale nominative, le fichier que chaque employeur transmet pour déclarer ses salariés. L'un d'eux, Antonin Bergeaud, professeur à HEC Paris, a publié en avril La Prospérité retrouvée (Odile Jacob), un livre sur la productivité où il avance des pistes pour que l'Europe rattrape son retard en intelligence artificielle.

Pour classer les métiers, les auteurs sont partis du répertoire de France Travail, qui décrit plus de 1 500 métiers par leurs savoir-faire. Des agents fondés sur Claude Opus 4.7, un modèle d'Anthropic, ont noté chaque savoir-faire : l'IA peut-elle faire cette tâche, ou aider à la faire ? La note baisse quand la tâche demande d'être sur place ou un savoir d'expérience. Les auteurs ont ensuite rangé 310 métiers en cinq groupes, des traducteurs et journalistes, très exposés, aux aides-soignants, très peu exposés. Chaque groupe compte autant de métiers que les autres, pas autant de salariés.

Moins d'entrées, et moins de sorties

Chez les 21-29 ans, l'écart entre les deux groupes extrêmes atteint une vingtaine de points. Dans les métiers les plus exposés, le recul représente environ 6 200 CDI de jeunes en moins chaque mois par rapport à novembre 2022. L'écart se réduit chez les 30-49 ans. Après 50 ans, il disparaît presque.

Les fins de CDI des 21-29 ans sont 23 % sous leur niveau de novembre 2022 dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les moins exposés. Les auteurs parlent d'un « gel des mouvements de main-d'œuvre ». Comme les embauches baissent plus vite que les départs, les équipes se renouvellent moins.

Les auteurs ont enfin croisé ces données avec l'enquête de septembre. Sur environ 6 000 entreprises présentes dans les deux sources, près de 600 déclarent un usage intensif de l'IA. Depuis fin 2022, leurs embauches de jeunes en CDI évoluent moins bien que celles des autres entreprises. Leur effectif total, lui, ne s'en écarte pas nettement.

Ce que ces chiffres ne prouvent pas encore

Les auteurs n'attribuent pas tout à l'IA. Entre juillet 2022 et septembre 2023, la Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de −0,5 % à 4 %, ce qui a freiné les embauches. Le télétravail a touché les mêmes métiers. Surtout, l'usage de l'IA n'a été demandé aux entreprises qu'une fois, début 2026, alors que les écarts d'embauche apparaissent plusieurs trimestres plus tôt. Les auteurs mesurent donc une association, sans pouvoir encore isoler l'effet propre de l'IA.

Aux États-Unis, trois chercheurs de l'université Stanford, dont Erik Brynjolfsson, suivent les fiches de paie d'ADP, le premier éditeur américain de logiciels de paie. Selon leur version du 12 août 2026, l'emploi des 22-25 ans dans les métiers exposés se situe 19 % sous le niveau qu'il aurait atteint en suivant celui des jeunes moins exposés. L'écart se creuse depuis août 2025 et vient surtout d'embauches en moins. Eux aussi présentent ces chiffres comme « des premiers indicateurs, descriptifs, et non des mesures de cause à effet ».

Ce que la Banque de France a mesuré

  • CDI des 21-29 ans : −28 % depuis novembre 2022 dans les métiers les plus exposés à l'IA, −8 % dans les moins exposés.
  • Fins de CDI des 21-29 ans : −23 % contre −6 %.
  • Effectif total des entreprises qui utilisent l'IA intensivement : pas d'écart net avec les autres.
  • Cause : une association mesurée, l'effet propre de l'IA n'est pas encore isolé.

Et ce n'est qu'un début

Les embauches mesurées s'arrêtent en mars 2026. Elles reflètent les outils de cette période. Claude Opus 4.7, que les auteurs ont utilisé pour noter les métiers, n'est sorti qu'en avril, et Anthropic le classe déjà parmi ses anciens modèles. Le 22 septembre, l'entreprise a lancé Claude Opus 5.5, trois versions plus loin, qu'elle présente en tête pour le code, l'utilisation d'un ordinateur et le travail de bureau. Ces modèles fonctionnent désormais comme des agents : ils enchaînent seuls des tâches longues, et un testeur cité par Anthropic a laissé Opus 5.5 travailler plus de 18 heures sans surveillance. Je pense donc que le recul mesuré par la Banque de France n'est qu'un début, car à chaque génération l'IA peut reprendre une part plus grande du travail confié aux débutants.

Dans votre PME : qui apprendra le métier ?

Les postes de débutant sont ceux où se forment, par la pratique, les professionnels confirmés de demain. Les auteurs ne disent pas que cet apprentissage recule déjà en France. Ils constatent que l'embauche des jeunes dans les métiers exposés, premier endroit où ce recul se verrait, a commencé à baisser.

Comptez vos postes de débutant non remplacés. Depuis 2022, combien de départs dans la saisie, la rédaction ou les études avez-vous compensés par un outil plutôt que par une embauche ? Ce choix peut être le bon, à condition de savoir que plus personne ne se forme sur ce poste chez vous.

Gardez un poste d'entrée, et changez son contenu. Laissez le premier jet à l'IA. Confiez au débutant la vérification de ce que l'IA produit et le contact avec le client. L'équipe de Stanford observe que là où l'IA assiste le salarié plutôt qu'elle ne le remplace, l'emploi est stable ou en hausse, surtout chez les salariés expérimentés.

Placez chaque débutant à côté d'un ancien. Dans l'indice des auteurs, un métier est moins exposé quand il demande d'être sur place et un savoir d'expérience. Un débutant n'apprend ce savoir qu'en travaillant avec quelqu'un qui l'a. Si plus personne n'entre, ce savoir quitte l'entreprise avec vos anciens.

Regardez l'apprentissage. Selon l'Insee, cité par les auteurs, la France est passée d'environ 430 000 apprentis en 2017 à plus d'un million fin 2023. L'apprenti apprend le métier en le faisant, aux côtés d'un maître d'apprentissage.

En septembre, j'écrivais que le vrai déplacement n'avait pas encore eu lieu. Il a commencé dans les CDI que les entreprises ne signent plus avec des jeunes. Reste une question : dans cinq ans, qui saura faire votre métier ?

Sources : Banque de France, Bloc-notes Éco n° 463, « IA générative : les premiers changements du marché du travail sur les jeunes » (8 octobre 2026), de Marco Guido Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos, et leur document de travail LIFT 2026-02 (octobre 2026) ; Bulletin de la Banque de France n° 266/1 (septembre 2026) ; Brynjolfsson, Chandar et Chen, « Canaries in the Coal Mine? », Stanford Digital Economy Lab (12 août 2026) ; Anthropic, annonces de Claude Opus 4.7 (16 avril 2026) et Opus 5.5 (22 septembre 2026). Citation traduite de l'anglais par mes soins.

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Questions fréquentes

Que mesure le billet n° 463 de la Banque de France ?

Les embauches et fins de CDI du secteur privé de 2019 à mars 2026, selon l'âge et l'exposition du métier à l'IA générative. Chez les 21-29 ans, les embauches des métiers les plus exposés sont environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % dans les moins exposés.

Pourquoi les effectifs des entreprises ne baissent-ils pas ?

L'ajustement passe par les entrées et les sorties : moins d'embauches de jeunes, et moins de fins de contrat. Chez les près de 600 entreprises qui déclarent un usage intensif de l'IA, les embauches de jeunes en CDI reculent davantage, sans écart net de l'effectif total.

L'IA est-elle la cause de ce recul ?

Les auteurs ne l'affirment pas. La hausse des taux de la Banque centrale européenne a freiné les embauches à la même période, et le télétravail a touché les mêmes métiers. Aux États-Unis, une équipe de Stanford observe le même recul chez les 22-25 ans.

Comment une PME peut-elle continuer à former des débutants ?

Gardez un poste d'entrée, mais confiez au débutant la vérification de ce que l'IA produit et le contact client, aux côtés d'un ancien. Regardez aussi l'apprentissage.