Elon Musk annonce l'abondance pour 2036 : que faire d'une prédiction pareille ?
Pour Elon Musk, l'IA dépassera toute l'intelligence humaine d'ici cinq ans et l'argent ne comptera plus en 2036. Ce qu'un dirigeant de TPE peut faire d'une telle prédiction.
Le 23 juillet, The Economist, l'hebdomadaire économique britannique, a diffusé un long entretien avec Elon Musk, le patron de Tesla et de SpaceX, enregistré dans l'usine géante de Tesla au Texas. Sa rédactrice en chef, Zanny Minton Beddoes, lui demande à quoi ressemblera le monde en 2036 s'il réussit. Musk répond par un calendrier.
L'entretien a aussi porté sur l'Ukraine, sur les coupes dans les dépenses publiques américaines et sur l'Europe. Musk juge lui-même ces sujets secondaires : en moins de dix ans, dit-il, l'IA et les robots « domineront tout ».
Cinq ans pour l'intelligence, dix pour les robots
Premier jalon, dans cinq ans environ, « c'est mon estimation » : une IA qui dépasse la somme de toutes les intelligences humaines réunies. Dans dix ans : « de loin supérieure ».
Second jalon, vers 2036 : les robots humanoïdes. Tant que l'IA reste dans les ordinateurs, explique Musk, il lui manque des mains pour agir sur le monde physique, et ces robots à forme humaine les lui donnent. Avec des robots en très grand nombre, elle passe de l'écran à la matière, et l'économie devient « quasi infinie » : plus de biens et de services qu'aucun humain ne pourrait en consommer.
« L'argent ne comptera plus en 2036 »
Musk en tire une prédiction : « l'argent ne comptera plus en 2036 ». L'argent sert à se nourrir, se loger, se déplacer, se divertir, raisonne-t-il ; si des robots fournissent tout cela à volonté, il ne sert plus à grand-chose.
La journaliste insiste. Pendant la transition, de quoi vivront ceux qui perdent leur emploi, et faut-il taxer beaucoup plus le capital pour leur verser un revenu universel, sans condition ? Musk propose autre chose : le Trésor, c'est-à-dire le ministère américain des Finances, « devrait simplement envoyer des chèques aux gens ». Elle objecte l'inflation. Il répond que l'inflation n'est que le rapport entre la monnaie en circulation et les biens disponibles : si la production augmente plus vite que la monnaie créée, les prix baissent. D'où une seconde prédiction : « la déflation sera le problème, pas l'inflation », c'est-à-dire une baisse générale des prix.
La question de savoir qui paiera quand le travail rapportera moins, je la posais pour la France le 27 septembre. Sa réponse : créer de la monnaie.
Pour Musk, quand produire ne coûte presque plus rien, la rareté disparaît, et l'argent avec elle. Zanny Minton Beddoes lui concède que la destination est possible. Ce qui l'inquiète, c'est le chemin : comment passer de sociétés « polarisées, en colère, apeurées » à ce « nirvana » sans que la peur fasse tout dérailler.
Le risque, et le bouton d'arrêt qu'il n'appuierait pas
L'an dernier, rappelle la journaliste, Musk estimait entre 10 et 20 % le risque que des « robots tueurs » anéantissent l'humanité. Il confirme. Le risque, dit-il, « n'est pas nul ». Mais il ne voit aucun moyen d'arrêter l'élan de l'IA et des robots, et ajoute : « s'il y avait un bouton d'arrêt, nous ne devrions probablement pas appuyer dessus », car l'issue la plus probable reste selon lui « une abondance incroyable pour tous ». Relancé sur ses 10 à 20 %, il esquive : « À long terme, nous sommes tous morts. »
Les humains, selon lui, perdront la main. Il juge « peu probable » qu'ils restent aux commandes dans dix ans. Si l'écart d'intelligence entre l'IA et les humains dépasse de loin celui qui sépare les humains des chimpanzés, il est « difficile d'imaginer que les chimpanzés soient aux commandes ».
Sa proposition : que les laboratoires se surveillent entre eux
Pour limiter les risques immédiats, Musk propose que les entreprises qui développent les IA les plus avancées, chinoises comprises, tiennent un appel informel chaque semaine ou tous les quinze jours. Les rivaux se contrôleraient entre eux. Chacune ouvrirait ses nouveaux modèles aux concurrents une à deux semaines avant leur sortie. Si un modèle est jugé très dangereux et que son éditeur ne fait rien, les autres alerteraient le gouvernement américain ou chinois, à charge pour lui d'en limiter la diffusion.
Musk compare ce système à la Motion Picture Association, l'organisation professionnelle qui classe les films américains selon l'âge du public. Son ressort : la rivalité. Un concurrent n'hésitera pas à signaler les dangers du modèle d'un rival et à réclamer le report de sa sortie.
L'électricité, contrainte cachée de l'IA
Pour Musk, l'IA bute sur deux limites : l'électricité et les puces électroniques qui la font tourner. Hors de Chine, la contrainte est l'électricité, et la Chine en produit déjà, affirme-t-il, plus que les États-Unis, l'Europe et l'Inde réunis ; chez elle, ce sont les puces qui manquent. La course passe aussi par les centrales.
Ce qu'un dirigeant de TPE peut en faire
Musk admet lui-même que ses prédictions se réalisent « peut-être pas exactement au moment » annoncé. En avril 2024, il annonçait pour 2025, au plus tard 2026, une IA « plus intelligente que l'humain le plus intelligent ». Il vend aussi des robots et de l'IA : l'argument d'intérêt ne réfute rien, mais il indique où chercher le biais dans ce qu'il annonce. Une date n'est pas un plan. Et 2036 n'est pas un horizon de pilotage pour une TPE.
Quel que soit le calendrier, ce qui s'automatise aujourd'hui n'attend pas les robots : relances, saisies, rapprochements bancaires, réponses types se traitent avec les outils actuels. Et si le calendrier est même à moitié juste, les modèles seront accessibles à tous. Ce qui restera rare ? La connaissance fine de vos propres processus, que vous êtes seul à détenir.
Le meilleur moyen de se préparer à un scénario incertain reste de faire le travail qui paie dans tous les scénarios.
Sources : Elon Musk, entretien avec Zanny Minton Beddoes, « The full-length interview with Elon Musk », The Economist, 23 juillet 2026 ; pour la prédiction d'avril 2024, « Elon Musk predicts AI will be smarter than the smartest human by next year », New York Post, 8 avril 2024. Citations traduites de l'anglais.
Questions fréquentes
Que prédit Elon Musk pour l'IA d'ici 2036 ?
Environ cinq ans pour que l'IA dépasse la somme de toutes les intelligences humaines, puis, vers 2036, des robots humanoïdes assez nombreux pour créer une économie « quasi infinie ». Il en déduit que l'argent ne comptera plus en 2036.
Comment financerait-il la transition pour ceux qui perdent leur emploi ?
Selon lui, le Trésor américain devrait simplement envoyer des chèques aux gens, en créant de la monnaie. À l'objection de l'inflation, il répond que si la production augmente plus vite que la monnaie créée, les prix baissent : « la déflation sera le problème, pas l'inflation ».
Elon Musk juge-t-il l'IA dangereuse ?
Il confirme avoir estimé entre 10 et 20 % le risque que des robots tueurs anéantissent l'humanité, et juge ce risque « pas nul ». Mais il ne voit aucun moyen d'arrêter le mouvement et n'appuierait probablement pas sur un bouton d'arrêt s'il existait.
Quelle régulation de l'IA propose-t-il ?
Que les entreprises les plus avancées, chinoises comprises, s'appellent chaque semaine ou tous les quinze jours et ouvrent leurs nouveaux modèles aux concurrents une à deux semaines avant leur sortie. En cas de danger ignoré, elles alerteraient le gouvernement américain ou chinois.