PISA 2025 : l'IA tremplin ou l'IA béquille
L'IA qui travaille à la place de l'élève lui coûte des points ; celle qu'il apprend à évaluer lui en gagne. La ligne de partage vaut aussi pour vos automatisations.
Le 8 septembre, l'OCDE a publié PISA 2025. La presse a retenu le classement : la France recule, encore. L'enseignement qui devrait vous arrêter est ailleurs, et ne parle pas vraiment d'école : le rapport distingue deux façons d'utiliser l'IA, dont une fait perdre des points.
J'automatise des process pour des TPE et des PME toute l'année : c'est la ligne de partage que je vois chez mes clients.
Ce que disent les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas
PISA évalue tous les trois ans les élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences. L'édition 2025 a porté sur 91 pays et économies.
La France obtient 483 points en sciences, 456 en compréhension de l'écrit et 458 en mathématiques : au niveau de la moyenne de l'OCDE en sciences (482), en dessous en lecture (461) et en mathématiques (463). Par rapport à 2022, elle perd 4 points en sciences, 18 en lecture et 16 en mathématiques.
La baisse n'est pas française, elle est générale : en dix ans, la moyenne de l'OCDE est passée de 489 à 461 points en lecture et de 485 à 463 en mathématiques. Quand un phénomène touche autant de systèmes à la fois, la cause est rarement dans les programmes.
Le rapport pointe un recul plus précis, et plus inquiétant pour qui travaille avec de l'information : celui des compétences « les plus essentielles à l'ère de l'IA : savoir évaluer l'information, établir des liens entre plusieurs sources et faire preuve d'esprit critique ». La part des « lecteurs trop hâtifs » — ceux qui survolent et répondent vite, mais faux — a presque doublé entre 2018 et 2025, et le phénomène est le plus marqué dans les familles aisées.
Le constat que personne ne reprend
Sur l'usage de l'IA, le rapport est nuancé — c'est ce qui le rend utile. Trois résultats se superposent.
Les élèves qui se servent de chatbots pour des tâches scolaires précises — la synthèse de textes, par exemple — obtiennent en moyenne de moins bons scores en sciences que ceux qui n'y ont pas recours. Entre les utilisateurs hebdomadaires à des fins générales et les non-utilisateurs, en revanche, les résultats sont similaires. Et ils font légèrement mieux quand cet usage s'accompagne, en cours, d'occasions d'apprendre à évaluer la qualité de ce qu'elle produit.
Trois régimes, un seul outil : la variable n'est ni l'accès ni la fréquence, mais ce que l'élève fait pendant que la machine travaille. L'OCDE le formule mieux que moi :
« Tout comme on n'entretient pas sa forme physique en regardant du sport mais en le pratiquant, on n'apprend pas en consommant simplement des contenus, mais en fournissant un effort cognitif productif pour les assimiler. Lorsque la technologie permet ou renforce cet effort, les élèves progressent ; lorsqu'elle le court-circuite, elle compromet leur développement. » L'IA devient alors « un tremplin, et non une béquille ».
Une réserve : ce sont des corrélations, pas des causalités — un élève en difficulté délègue peut-être davantage parce qu'il est en difficulté. Le rapport avertit aussi que les occasions d'apprendre à évaluer l'IA sont plus fréquentes chez les élèves favorisés, d'où un risque d'aggraver la « fracture de l'IA ». Ce n'est pas l'outil qui creuse l'écart, c'est l'accompagnement.
L'attention n'a pas attendu l'IA
La dégradation a commencé bien avant les agents conversationnels. Les travaux de Gloria Mark, à l'université de Californie à Irvine, mesurent le temps passé sur un écran avant d'en changer : deux minutes trente en 2004, soixante-quinze secondes en 2012, quarante-sept secondes dans ses relevés récents.
Bruno Patino, président d'Arte France, invité de Quotidien le 9 septembre, rappelle la mécanique derrière ce chiffre : « Je raconte souvent cette histoire : au moment où on lance les alertes numériques, les prestataires de service disent pas plus d'une alerte par semaine. Aujourd'hui on en reçoit plus d'une centaine par jour. »
En France, l'étude du Centre national du livre d'avril 2026 donne l'autre moitié du tableau : 18 minutes de lecture de loisir par jour, huit de moins qu'en 2016, contre trois heures d'écran — plus de cinq chez les 16-19 ans, dont plus d'un tiers ne lisent pas du tout. Lire un texte long s'entretient, et se perd quand plus rien ne l'exige.
Pourquoi l'écriture est le maillon suivant
L'économie de l'attention a attaqué la lecture. L'IA générative touche l'écriture, et l'enjeu change de nature. Patino en donne la formulation la plus juste que j'aie entendue : « Comme vous écrivez plus lentement que vous ne pensez, cette asymétrie dans le temps vous laisse du temps pour ordonner votre pensée, pour essayer de la problématiser, pour commencer à réfléchir à ce à quoi vous réfléchissez. »
Voilà ce que déléguer la rédaction supprime : non un effort pénible, mais le seul moment où la pensée se met en ordre. Un texte produit sans ce temps est propre, et n'a jamais été pensé.
Patino y voit l'accomplissement d'une prédiction ancienne : « Marshall McLuhan, mort depuis un certain temps, prédisait déjà qu'à un moment donné la parenthèse Gutenberg se terminerait et qu'on n'allait pas devenir des analphabètes, puisqu'on sait reconnaître les signes, mais qu'en revanche la lecture comme assimilation allait évidemment se réduire, et que l'écriture il en serait de même. Et il appelait ça la post-alphabétisation. »
Précision : l'expression « parenthèse Gutenberg » est postérieure à McLuhan — elle vient de l'université du Danemark du Sud, autour de Lars Ole Sauerberg et Thomas Pettitt. L'idée, elle, est bien la sienne : dès 1962, La Galaxie Gutenberg annonçait la fin de cinq siècles de culture typographique.
Contrôle ou responsabilité
Interrogé sur le cas des régimes autoritaires, Patino cite la Chine : « Il n'y a pas besoin d'une dictature pour prohiber les écrans à l'école. C'est la Chine en numéro 1. » Puis il tranche : « Je suis plutôt du côté de la responsabilité que de la dictature et du contrôle. » La France interdit le portable du primaire au collège, et l'étend aux lycées cette rentrée.
Ce que j'en tire pour une entreprise qui automatise
Cet arbitrage, un dirigeant qui automatise le refait chaque semaine. Un devis rédigé automatiquement, un compte rendu d'appel résumé par un agent, un prix calculé par un moteur : chaque fois, l'automatisation peut produire à votre place, ou préparer le terrain.
Les deux ont leur usage, et j'installe les deux. Encore faut-il savoir laquelle. Deux questions suffisent, tâche par tâche :
Saurais-je encore le faire sans ? Si la réponse est non et que la tâche porte une décision — fixer un prix, qualifier un client, arbitrer un litige — l'automatisation a pris ce que vous auriez dû garder.
Ai-je besoin de savoir le faire ? Personne n'a besoin de relancer une facture impayée à la main. Automatiser ce qui n'apprend rien, c'est du temps rendu ; automatiser ce qui construit votre jugement métier, c'est du jugement perdu.
Sur l'échelle PISA, 20 points valent une année d'apprentissage. Ce qui se joue en entreprise ne se compte pas en points, mais la mécanique est la même : l'outil qui court-circuite l'effort fait gagner du temps aujourd'hui et coûte une compétence demain. Tremplin, ou béquille.
Sources : OCDE (2026), Résultats du PISA 2025 (Volume I – version abrégée) : Des élèves prêts pour l'avenir, PISA, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/72cbf7bd-fr Tous les chiffres PISA en proviennent. Gloria Mark, université de Californie à Irvine. Centre national du livre / Ipsos bva, avril 2026. Bruno Patino dans Quotidien (TMC), 9 septembre 2026. Nieman Lab sur la parenthèse Gutenberg.
Questions fréquentes
Que dit PISA 2025 sur l'usage de l'IA par les élèves ?
Trois résultats. Pour des tâches scolaires précises, comme la synthèse de textes, les utilisateurs obtiennent en moyenne de moins bons scores en sciences que les non-utilisateurs. Pour un usage général hebdomadaire, les résultats sont similaires. Ils sont légèrement supérieurs quand cet usage s'accompagne en cours d'un apprentissage de l'évaluation des contenus produits par l'IA.
L'IA fait-elle baisser le niveau des élèves ?
L'enquête établit des corrélations, pas une causalité. Aucun lien mécanique ne relie « utiliser l'IA » et « baisser » : le lien apparaît quand la technologie court-circuite l'effort d'assimilation, et disparaît quand elle l'accompagne.
Qu'est-ce que la post-alphabétisation ?
Bruno Patino reprend le terme de Marshall McLuhan : une société où chacun sait encore reconnaître les signes, donc n'est pas analphabète, mais où la lecture comme assimilation et la construction de la pensée par l'écriture se réduisent. PISA 2025 en donne une mesure : la part des « lecteurs trop hâtifs » a presque doublé depuis 2018.