Greg Brockman (OpenAI) invite les petites entreprises à relever leur plafond d'ambition
Le cofondateur d'OpenAI pose une question à chaque dirigeant : si le meilleur développeur du monde travaillait pour vous, que lui feriez-vous faire ?
Le 30 septembre, la chaîne YouTube Silicon Valley Girl a mis en ligne un entretien avec Greg Brockman. Il a cofondé OpenAI, l'entreprise qui édite ChatGPT, et il en est le président. La personne qui l'interviewe lui montre une application qu'elle s'est construite avec l'IA pour préparer ses émissions, de la recherche sur l'invité jusqu'aux questions. Puis elle pose sa question. Est-elle assez ambitieuse avec l'IA ? « La réponse sera toujours non, parce que nous pouvons toujours faire plus », répond-il, avant d'ajouter qu'il n'y a « pas de plafond » à ce que chacun peut imaginer.
La question vaut pour tout dirigeant de petite entreprise.
Un expert de niveau doctorat, gratuit
Se lancer est plus facile que jamais. C'est le constat de Brockman : beaucoup franchissent le pas, dit-il, parce qu'ils se sentent rassurés d'avoir ChatGPT. Démarrer une activité exige une foule de compétences ; or « vous avez une intelligence de niveau doctorat, un expert de rang mondial, un consultant d'entreprise. Tout cela, vous l'avez dans votre poche, gratuitement ». Payer donne « beaucoup plus de profondeur ».
D'après lui, les patrons de petites entreprises confient aussi à l'IA des tâches que personne n'aurait faites avant : boucher les petits trous de leur stratégie, rédiger un document qui n'aurait jamais vu le jour.
Il cite un ami qui voulait faire construire une petite maison pour ses invités. Cet ami a demandé des plans en CAO, la conception assistée par ordinateur, à GPT-6 Astra, le modèle qu'OpenAI présente comme le plus intelligent. Il les a apportés à un entrepreneur. La maison est en construction. « Normalement, il faudrait engager quelqu'un », commente Brockman. Deux frères aveugles, raconte-t-il encore, s'en servent au quotidien et pour leur travail, jusqu'à brancher un câble dans le bon port d'un ordinateur. Avant, il leur fallait demander de l'aide.
Le meilleur développeur du monde sur votre fiche de paie
Après l'histoire du marchand de montres anciennes qui ne voyait pas à quoi l'IA lui servirait, Brockman pose une question à chaque dirigeant : « Si vous aviez le meilleur programmeur du monde sur votre fiche de paie, sur quoi le feriez-vous travailler ? » Ce programmeur, vous l'avez désormais, dit-il.
La personne qui l'interviewe résume : c'est leur ambition que les petites entreprises doivent commencer à travailler. « Oui. Oui », approuve Brockman : « Nous pouvons tous relever le plafond de notre ambition. »
Lui-même s'impose une habitude : prendre du recul et chercher la tâche « un peu plus ambitieuse » que tout ce que l'IA a déjà fait pour lui, puis voir si ça marche. Réussir une chose, dit-il, veut dire que « vous pouvez peut-être rêver un peu plus grand ».
Pour la chaîne, chaque épisode représente au moins quarante heures de travail. Brockman pose alors la question. Si ce temps vous était rendu, qu'en feriez-vous ?
Le plafond d'une petite entreprise, c'est ce que son dirigeant ose demander à ses outils. Une méthode simple : à chaque tâche réussie, confier à l'IA la suivante, un cran plus ambitieuse.
Traiter chaque particulier comme un grand compte
Brockman voit l'entreprise changer de forme. Ce qu'est une entreprise deviendra, selon lui, « moins bien défini » : moins ces « grandes masses d'humains organisées d'une certaine manière », parce que chacun disposera de bien plus de moyens. Il annonce une « renaissance massive de l'entrepreneuriat » d'ici un à deux ans, et l'effacement de la frontière entre vente aux entreprises et vente aux particuliers.
La vente aux entreprises repose, dit-il, « fondamentalement sur les relations ». Avec le grand public, impossible. Les particuliers sont trop nombreux, ce serait trop cher. Mais si votre capacité à entretenir de vraies relations est amplifiée par l'IA, au point de « prendre soin des gens à très grande échelle », Brockman y voit une piste : la méthode des grands comptes deviendrait sensée même pour qui vend aux particuliers. Les grands comptes, ce sont ces gros clients que les commerciaux suivent un par un. Les fondamentaux, eux, ne bougent pas : apporter de la valeur, et construire avec ceux qui la reçoivent une relation dans les deux sens.
Pour une TPE, l'idée est concrète. Un artisan peut suivre chacun de ses clients comme un commercial suit un grand compte : une relance qui tient compte du chantier réalisé, un rappel d'entretien au bon moment.
Plus d'ambition, plus de tokens
Le travail d'un modèle d'IA se compte en tokens, des fragments de mots, et c'est à cette unité qu'OpenAI facture l'accès à ses modèles aux entreprises qui les intègrent dans leurs outils. Faut-il en consommer davantage ? « Oh, absolument », répond Brockman. Il concède que dépenser des tokens à l'aveugle n'est pas un objectif. Mais chez OpenAI, la consommation de tokens fait l'objet de classements internes. Et selon lui, les résultats hors norme viennent de ceux qui pointent la puissance de calcul vers le bon problème et acceptent d'y mettre le budget.
Le conseil vient du vendeur. Il n'est pas faux pour autant, mais mesurez votre ambition à ce qu'elle rapporte à vos clients, pas à votre facture d'IA. Un expert de niveau doctorat peut aussi se tromper : plus l'IA s'améliore, plus vous devez la challenger. La responsabilité, elle, reste au dirigeant. Brockman le rappelle lui-même.
Faites la liste de ce que vous confieriez au meilleur développeur du monde s'il travaillait pour vous. Commencez par la ligne la plus modeste, puis visez un cran plus haut à chaque réussite, comme Brockman le fait avec ses propres demandes à l'IA. La version gratuite de ChatGPT suffit pour commencer.
Source : Greg Brockman, entretien avec la chaîne YouTube Silicon Valley Girl, « OpenAI Co-Founder: Start Building With AI Before You Feel Ready », 30 septembre 2026 (principaux passages vers 3'10, 5'50, 8'10, 10'05, 12'25 et 22'35). Citations traduites de l'anglais.
Questions fréquentes
Que signifie « relever son plafond d'ambition » pour Greg Brockman ?
Viser plus haut à chaque usage de l'IA. Brockman demande à chaque dirigeant ce qu'il ferait faire au meilleur développeur du monde s'il travaillait pour lui. Lui-même cherche toujours une tâche un peu plus ambitieuse que la précédente, et rêve plus grand à chaque réussite.
Qu'apporte l'IA gratuite à une petite entreprise, selon lui ?
Une intelligence « de niveau doctorat », un expert et un consultant dans la poche, sans payer. Beaucoup de petites entreprises s'en servent pour des tâches que personne ne faisait, comme boucher les trous de leur stratégie. Payer donne, selon lui, beaucoup plus de profondeur.
Pourquoi la frontière entre vente aux entreprises et aux particuliers s'effacerait-elle ?
Parce que la vente aux entreprises repose sur la relation, trop coûteuse à entretenir avec des milliers de particuliers. Avec l'IA, une entreprise peut prendre soin de chaque client à grande échelle : Brockman estime que cette méthode devient alors possible pour qui vend au grand public.
Greg Brockman est-il neutre quand il pousse à plus d'ambition ?
Non. OpenAI facture en tokens l'accès à ses modèles, et Brockman encourage à en consommer davantage, tout en concédant que les dépenser à l'aveugle n'est pas un objectif. Son conseil reste utile, à condition de mesurer l'ambition à ce qu'elle rapporte à vos clients.