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Neuf boucles : ce que Claude a vraiment calculé, et qui l'a vérifié

Un calcul de physique de pointe pour 1 000 à 2 000 dollars, deux semaines de vérification par l'expert du domaine : le rapport à retenir.

Le 12 septembre, j'ai décortiqué ici l'annonce d'OpenAI sur Navier-Stokes, les équations de l'écoulement des fluides. L'éditeur de ChatGPT y avait lancé environ dix mille agents d'IA, des programmes autonomes, pendant 88 heures, pour un coût évalué en « millions de dollars ».

Le 25 septembre, Anthropic, l'éditeur de l'IA Claude, publie un autre récit. En physique, cette fois. Claude y vient à bout, presque seul, d'un grand problème de calcul resté ouvert, pour une facture estimée entre 1 000 et 2 000 dollars.

Le calcul direct a tourné une semaine ; la vérification a occupé deux semaines le spécialiste qui détenait le record précédent. C'est ce rapport qui compte.

Un défi lancé le 7 août

Matt von Hippel a été physicien théoricien ; il est aujourd'hui journaliste scientifique et tient un blog, 4gravitons. Le 7 août, il lance un défi aux entreprises d'IA. Une IA peut-elle résoudre, avec les moyens informatiques d'un universitaire, l'un des grands problèmes ouverts de son ancienne spécialité, comme « N=4 super Yang-Mills à neuf boucles » ?

Dans cette spécialité, les physiciens calculent des amplitudes de diffusion : des formules qui donnent la probabilité que des particules réagissent de telle ou telle façon. Leur précision se compte en « boucles ». Leur nombre mesure la complexité des interactions prises en compte, et chaque boucle de plus coûte beaucoup plus cher à calculer. La plupart de ces formules en sont restées à deux.

N=4 super Yang-Mills est une théorie d'entraînement. Trop irréaliste pour expliquer le monde réel, elle est plus simple à calculer, et les spécialistes, qui parlent de « modèle-jouet », s'en servent pour roder leurs méthodes. Le record y était de huit boucles, atteint en 2023 par Lance Dixon, professeur émérite de physique des particules et d'astrophysique à Stanford, et un coauteur.

Une phrase de consigne, puis « continue »

Fin août, deux physiciens d'Anthropic écrivent à von Hippel. Défi relevé. Ils ont utilisé Fable 5.1, le modèle haut de gamme d'Anthropic, dans Claude Science : une plateforme payante qui l'encadre de règles et de consignes pour le travail scientifique. La consigne tenait en une phrase, sans autre précision : calculer l'amplitude à six particules de N=4 super Yang-Mills à neuf boucles. Le reste s'est fait par relances. L'un d'eux, avant d'aller dormir, écrit ainsi à Claude : « Continue à travailler jusqu'à ce que je te dise d'arrêter. Donne-moi des nouvelles toutes les 4 à 6 heures. »

Le calcul a abouti. Claude l'a mené par deux voies : la méthode directe, que Dixon jugeait trop difficile, et la route indirecte qui avait servi pour huit boucles. Chacune aurait coûté à un client entre 1 000 et 2 000 dollars environ, surtout en temps d'utilisation du modèle. La puissance de calcul de la méthode directe, 96 processeurs pendant une semaine, n'en représente qu'une centaine.

Rien d'inédit dans la méthode. Contrairement à la démonstration sur Navier-Stokes, Claude a appliqué des méthodes connues, « avec un peu plus de puissance de calcul que ce que les gens avaient tenté d'utiliser jusque-là », écrit von Hippel. En mars, l'IA faisait encore de la physique « comme un étudiant ». Cette fois, un calcul de pointe a été mené d'une traite.

Qui a vérifié, et avec quoi

Le 1er septembre, les physiciens d'Anthropic demandent à Lance Dixon de valider le résultat. Il y passe deux semaines. Son équipe s'y était préparée : elle travaillait déjà à faire prédire les boucles suivantes par des modèles d'IA maison, avec ce slogan : « Nous avons tous les outils pour valider n'importe quelle solution candidate qu'une machine nous fournirait. »

La méthode s'y prête. Von Hippel compare ce « bootstrap » à un Sudoku : la grille contient d'abord toutes les réponses possibles, puis celles qui violent une règle connue sont rayées, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une, avec des contrôles en réserve pour vérifier qu'aucune erreur ne s'est glissée. Dixon y retrouve toutes les méthodes de son équipe : « pendant que je valide le résultat de Claude, Claude valide tous nos travaux antérieurs ».

Les humains n'étaient pas loin. L'équipe de Song He, professeur à l'Institut de physique théorique de l'Académie chinoise des sciences, à Pékin, avait déjà obtenu l'essentiel du résultat, en s'aidant de GPT-6, le modèle d'OpenAI, sur une partie des contraintes. Elle l'a publié le 17 septembre.

Les programmes du calcul de Claude ne sont pas distribués : impossible de le relancer à l'identique. Une partie n'a été calculée qu'une fois. L'article scientifique, que signeront Dixon, Song He et leurs collaborateurs, reste à écrire. Enfin, le billet est commandé et rémunéré par Anthropic, dont les équipes ont commenté les brouillons, contenu et opinions restant ceux de l'auteur ; Dixon a reçu des crédits d'utilisation de Claude.

L'idée à retenir. Le calcul a demandé une phrase de consigne et entre 1 000 et 2 000 dollars. Sa vérification a mobilisé deux semaines le spécialiste qui détenait le record précédent, avec des méthodes que son équipe a mises au point au fil des années. Le calcul devient bon marché. Le contrôle reste cher, et se prépare avant.

Pour une TPE : écrire ses contrôles avant de lancer l'IA

La leçon de Navier-Stokes tenait en une phrase : automatisez d'abord ce dont vous pouvez vérifier le résultat mécaniquement. Elle vaut toujours.

Von Hippel en tire une autre : il reste « bien plus de problèmes accessibles que prévu », et les experts les jugent parfois moins atteignables qu'ils ne le sont. Ici, la méthode existait. Il ne manquait que des heures de calcul et une exécution sans faute, sur un montage si fragile que la moindre erreur fait tout échouer. Reprendre trois ans de factures, rapprocher deux fichiers clients tenus séparément, appliquer une nouvelle règle tarifaire à tout un catalogue : beaucoup de chantiers d'entreprise ont ce profil, et méritent d'être rouverts.

Surtout, les contrôles de Dixon existaient avant la réponse de la machine. C'est pour cela qu'il a pu valider. Von Hippel le conseille aux physiciens qui voudraient essayer : « avoir un plan pour vérifier les résultats ». En entreprise, une page suffit : les totaux qui doivent tomber juste, les champs qui ne peuvent pas rester vides, l'échantillon que quelqu'un relira à la main, et le nom de ce quelqu'un. Écrivez-la avant de lancer l'IA sur une tâche de plusieurs heures.

Le titre d'Anthropic omet un point que le billet précise : cette théorie n'explique rien du monde réel. Le résultat n'en est pas moins vérifié. Dixon attend la vraie remise en question pour plus tard : le jour où une IA trouvera de nouveaux principes physiques avant les humains. D'ici là, la bonne nouvelle est dans le prix du calcul. Le travail, lui, reste dans la vérification.

Sources : le billet de Matt von Hippel publié par Anthropic, « Yes, Claude can do Nine Loops » (25 septembre 2026), avec l'addendum de Lance Dixon ; son défi du 7 août ; la page des résultats de Claude ; le résultat de l'équipe de Song He ; l'article de 2023 sur les huit boucles ; la page de Fable 5.1.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Claude a calculé exactement ?

L'amplitude à six particules de la théorie N=4 super Yang-Mills à neuf boucles, une boucle de plus que le record publié en 2023. Cette formule donne la probabilité de réactions entre particules. Il s'agit d'une théorie d'entraînement : trop irréaliste pour expliquer le monde réel, elle sert aux physiciens à roder leurs méthodes de calcul.

Combien a coûté le calcul ?

Selon le billet publié par Anthropic, entre 1 000 et 2 000 dollars environ pour un client, par méthode employée, surtout en temps d'utilisation du modèle Fable 5.1. La puissance de calcul de la méthode directe, 96 processeurs pendant une semaine, n'en représente qu'une centaine. Ce sont des estimations des auteurs.

Qui a vérifié le résultat ?

Lance Dixon, professeur émérite de physique des particules et d'astrophysique à Stanford, qui avait atteint huit boucles en 2023. Il a passé deux semaines à valider le résultat. Il a reçu des crédits d'utilisation de Claude ; le billet a été commandé par Anthropic.

Que peut en retirer une TPE ?

Des chantiers jugés trop lourds redeviennent envisageables quand la méthode est connue et que seul le volume de travail bloquait. Mais le coût de la vérification ne baisse pas au même rythme : elle a demandé deux semaines à l'expert du domaine. Écrivez vos contrôles avant de lancer l'IA sur une longue tâche.